Selon un sondage TNS-Sofres de novembre 2009 pour le journal La Croix, si 38% des français revendiquent leur nationalité comme sentiment d’appartenance le plus fort, 45% se définissent en premier lieu à l’échelle d’un territoire : la ville pour 21 %, le quartier pour 14 %, la région pour 6 % et le département pour 4 %.

Penser la vie économique, politique et sociale au niveau local a donc tout son sens et les récents bouleversements dus à l’épidémie de Covid-19 l’ont réaffirmé, notamment lorsque le confinement a limité nos interactions et nos engagements à notre environnement le plus proche.

D’un effort national à un maillage local

Un effort économique

Sur le plan économique d’abord, les media ont souligné dès le début du confinement la vulnérabilité des petits commerçants et producteurs locaux face à cette crise. Un récent sondage mené par le Conseil du Commerce de France a par exemple révélé que « 21% des commerçants (pensaient) actuellement à une fermeture définitive et (que) ce chiffre (montait) à 30 % chez les commerces indépendants ». La prise de conscience que la consommation auprès des commerçants et producteurs domestiques participe de la vitalité de notre économie pourrait nous inciter à consommer plus local, d’autant plus lorsque les débouchés à l’étranger se raréfient. Certains l’ont bien compris, comme en témoigne la plate-forme française Wishibam, qui met à disposition des municipalités une marketplace des commerces locaux pour que les habitants puissent faire vivre leurs commerçants. Un joli pied-de-nez à Amazon et aux géants du numérique.

Consommer local consiste par exemple à acheter ses fruits, ses légumes, son fromage, sa viande etc. directement auprès de producteurs de son territoire. Il s’agit d’un geste simple, mais dont les conséquences sont potentiellement importantes. En effet, non seulement les petits cultivateurs locaux sont ainsi mieux rémunérés, mais cela les encourage également à accroître leur production, voire à créer des emplois. A cet égard, le concept des AMAP (Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne) est assez remarquable. Il s’agit en l’occurrence d’un groupe de consommateurs qui s’engage à acheter une partie de la production à venir d’un paysan, ce qui lui procure un revenu stable et équitable, et lui permet d’investir.

Dans le contexte international qui est le nôtre, il n’est toutefois pas toujours possible d’envisager une telle action au niveau des territoires. L’échelon à considérer devient alors national. C’est le cas dans le secteur de l’industrie. La crise actuelle a en effet montré que la France dépendait d’autres pays pour des produits pourtant essentiels ou pour les composants utilisés dans leur processus de production. On relèvera par exemple le cas d’une start-up bretonne, NG Biotech, qui produisait ses tests sérologiques en France avec des moules en plastique venus de Chine. N’ayant pu augmenter facilement ses capacités de production, celle-ci a récemment pris la décision d’installer l’ensemble de sa chaîne de production en France. Ici, la question est bien de produire à l’échelle nationale les biens alimentaires et sanitaires de première nécessité afin d’être plus résilient et plus agile en cas d’événements exceptionnels.

Un effort politique

Sur le plan politique, la pandémie en cours a montré qu’une crise, même d’ampleur nationale, n’avait pas les mêmes répercussions sur les différents territoires et devait donc être gérée en coordination avec les pouvoirs locaux. C’est pourquoi, depuis deux mois, les collectivités territoriales à l’écoute des remontées du terrain adaptent les mesures gouvernementales à la réalité de leurs territoires. Nous avons ainsi vu plusieurs maires ou préfets prendre des dispositions propres à leur circonscription. L’État lui-même leur a reconnu cette prérogative lorsqu’il a par exemple laissé à la libre appréciation des préfets la décision de maintenir ou non les marchés ouverts. 

Connaissant bien leur territoire et ses enjeux, les élus locaux sont les plus à même de concevoir des solutions aux problématiques qui les touchent. En vertu du principe de subsidiarité, ils garantissent la continuité des services publics dans leur circonscription. Lors de cette crise, ils se sont donc mobilisés pour assurer la protection de la société – en achetant eux-mêmes les masques que l’État ne pouvait leur fournir pour les distribuer à leurs administrés – et de l’économie – en apportant leur soutien économique aux petites entreprises très touchées par la crise. Les régions ont ainsi doublé leur participation au Fonds national de solidarité lancé par l’État, la portant à 1,2 milliard d’euros et les régions et les départements ont accordé des aides financières complémentaires à celles émanant de l’État aux personnes en situation de précarité.

Un effort social 

Enfin, sur le plan social, le pays a largement bénéficié de l’action des associations en tant qu’acteurs locaux. Présentes dans le champ de l’aide sociale avant même que l’État ne s’y engage, celles-ci sont des intervenants complémentaires grâce à leur expérience du terrain. Via leurs réseaux de proximité, elles possèdent en effet une fine connaissance des enjeux et besoins des territoires où elles sont présentes. 

L’Etat a ainsi pu s’appuyer sur elles pour gérer la distribution des 15 millions d’euros de chèques services décidée par le Ministre de la Ville et du Logement, Julien Denormandie, pour 90 000 personnes, et celle de l’aide alimentaire abondée par le gouvernement de 39 millions d’euros supplémentaires pour les foyers les plus précaires. 

A Marseille par exemple, l’AMPIL (Action Méditerranéenne Pour l’Insertion sociale par le Logement), l’ADDAP 13 (l’Association Départementale pour le Développement des Actions de Prévention des Bouches-du-Rhônes), le Secours populaire, le Secours catholique et Médecins du Monde ont déjà distribué 90 000 chèques de 3,50 euros dans les quartiers les plus défavorisés.

L’Etat, conscient de la nécessité des associations, a également pris des dispositions pour faciliter leur intervention : simplification de l’accès à la Banque Alimentaire, exemption du paiement de la participation solidaire auprès de la Banque Alimentaire jusqu’au 15 mai, annonce d’un versement de 25 millions d’euros pour soutenir financièrement les associations les plus impliquées dans la gestion de la crise afin de renforcer les rangs des 134 structures en demande de bénévoles. Enfin, les associations complètent également le travail de l’Etat dans l’élaboration des problématiques sociales. Elles exercent en effet une fonction de porte-parole des populations auprès desquelles elles interviennent : la mise en place des dispositifs actuels d’aide aux plus démunis leur est ainsi en grande partie imputable.

Une nouvelle démocratie ?

Le retour du politique

Fragilisé dans son intégralité suite aux conséquences désastreuses du COVID19, notre maillage politique a plus que jamais besoin d’un renouvellement. Cette épidémie a mis au premier plan le rôle du pouvoir politique. 

Les citoyens se sont ainsi à nouveau rendu compte du besoin d’un pouvoir et d’une administration efficace et à l’écoute de leurs préoccupations.

Marcel Gauchet a ainsi défini cette nouvelle nécessité comme “un réveil du politique”, révélant une véritable attente de la part des citoyens, tant à l’échelle nationale que locale.

Fort de ce constat, des initiatives telles que “La Réserve Citoyenne” ont émergé, dans une perspective de rapprochement des problématiques citoyennes et politiques. C’est exactement dans cette dynamique que le collectif citoyen Initiatives en Seine (IES) s’inscrit. Désireux d’être au service de tous, il a pour objet de stimuler, compléter et renforcer l’action des collectivités locales dans certaines dimensions de la vie quotidienne.

Les citoyens comme force de mobilisation

Toutes les actions tendant au renforcement du lien social et à l’amélioration des conditions de vie sont aujourd’hui, plus que jamais, portées par les associations locales.

La mobilisation des individus est en effet indissociable de la préparation de l’après-Covid, pour travailler main dans la main avec les décideurs publics. 

Pour reprendre les mots du politologue Bertrand Badie « L’addition de ces trois maladies – économique, politique et sanitaire – peut être dévastatrice et aggraver la défiance des opinions publiques ». C’est justement dans l’optique de contrer cette défiance et pour rapprocher le citoyen des instances décisionnelles que les solidarités locales trouvent leur place au coeur de l’échiquier politique.

Une nouvelle forme de démocratie ?

Le constat de ce bouleversement partiel du pouvoir politique et de ses détenteurs, fait seulement figure de préambule à ce que sera la démocratie, demain. 

En effet la verticalité – parfois décriée – de ce pouvoir ne peut être efficace et au service de tous qu’en impliquant les différentes parties prenantes, politiques et citoyennes, à chaque échelon. Faire remonter les préoccupations citoyennes aux élus, et partir de celles-ci pour rendre nos villes et nos vies plus agréables, tel est le défi que nous devons aujourd’hui relever.

Voir la démocratie comme une somme d’opinions, d’individus et de solidarités, plutôt que comme un système figé, requiert donc un changement de paradigme : penser local dans un monde global.

Les auteurs

Louis Poinsignon

Étudiant en économie à l’École Polytechnique, Louis est passionné de politiques publiques. Passé par les cabinets d’André Santini et de Gérald Darmanin, il souhaite mettre ses compétences au service de la collectivité.

Oriane Eveillard

Etudiante à l’ESCP Europe, Oriane se spécialise dans le management des industries culturelles et médiatiques. Passionnée de chant lyrique, elle a travaillé pour la compagnie Opera Fuoco et au mécénat de l’Opéra de Paris.

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